Journal de bord : Automne 2025

  • 1 décembre 2025
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Notre saison d’automne devait nous mener de l’Espagne à la France, où Escargot serait mis en cale sèche pour l’hiver. Nous avions beaucoup aimé notre séjour aux îles Baléares au printemps, nous avions donc initialement prévu d’y faire escale en chemin. Cependant, des jours de pluies torrentielles sur l’Espagne et Ibiza nous ont forcés à reconsidérer nos plans et à emprunter une route côtière à la place. Nous avons visité de nombreuses villes portuaires intéressantes, exploré le delta de l’Èbre et jeté l’ancre dans plusieurs magnifiques réserves naturelles tout au long de notre voyage vers le nord.

Nos Données de Navigation

Distance totale : 570,6 mn

Cartes de Navigation

Journal Photographique

14 septembre 2025 : Traversée de Torrevieja à Alicante

Après un bon nettoyage des panneaux solaires et du pont, nous étions prêts à lancer notre saison de navigation automnale. Avec notre mise au sec prévue au Varadero STA d’Alicante le lendemain matin, nous avons quitté notre ponton d’été peu après 11h00. Les prévisions météorologiques annonçaient une houle d’un demi-mètre par le travers tribord et des vents d’environ 10 nœuds. Si nous n’avions un rendez-vous au chantier le lendemain, nous aurions repoussé notre départ pour éviter la houle de travers, qui rend les conditions de navigation très inconfortables.

Dès que nous avons franchi la sortie du port de Torrevieja, nous avons mis le cap sur l’île de Tabarca afin de prendre les vagues avec un angle de 30 à 40 degrés par notre étrave tribord. Nous avons réglé notre consommation d’énergie à 20 kW pour une vitesse lente de 3,5 à 4 nœuds. Les coques étaient assez sales après trois mois à quai, ce qui créait une resistance à l’eau importante, ce qui ralentissait la navigation.

BigBoy de quart lors de notre départ de Torrevieja

Notre cap pour atténuer les vagues nous emmenait trop à l’est, nous forçant à virer de 90 degrés vers l’ouest pour pointer de nouveau vers la terre. Cette manœuvre nécessaire a rallongé notre temps de navigation prévu, car nous étions loin de la ligne droite pour aller vers notre destination.

Après deux heures de navigation avec un rendement solaire étonnamment faible, nous avons réalisé que nous avions oublié d’allumer la moitié de nos parcs solaires. Lorsque nous laissons le bateau sans surveillance pendant une période prolongée, nous limitons toujours notre production solaire à 8 kWp au lieu de nos 16 kWp habituels. Au départ, nous avons mis cette faible puissance sur le compte de panneaux sales, mais une fois les réseaux restants activés, la production est monté entre 6 et 10 kW, nous ramenant parfaitement dans nos attentes.

Après un autre virement de bord de 90 degrés vers l’est, nous avons ajusté notre cap pour nous faufiler entre la côte et Tabarca. Peu après, un problème mécanique est apparu : notre safran tribord, que nous avions resserré avant le départ, se desserrait à nouveau. Nous avons dû couper le pilote automatique et barrer manuellement pendant que nous réglions le problème.

À 15h30, l’état de charge (SOC) de nos batteries avait chuté à 26 %. La combinaison du fonctionnement à 50 % de notre capacité solaire plus tôt dans la journée, de la poussée à 20 kW juste pour maintenir 4 nœuds avec une coque sale, et de la distance supplémentaire due aux virements de bord avait épuisé nos réserves. À trois heures de notre arrivée à Alicante, nous avons démarré notre générateur diesel de secours.

En approche de l'île de Tabarca

Trois heures plus tard, nous avons éteint le générateur en approchant du port sud d’Alicante, en nous amarrant directement dans la darse du travelift pour préparer notre mise au sec tôt le lendemain matin. Nous étions heureux d’être de retour à Alicante, mais cette première étape agitée a confirmé que nous apprécions beaucoup plus notre navigation solaire lorsque nous avons le luxe d’attendre des conditions maritimes et solaires optimales.

Mise au sec à Alicante

27 septembre 2025 : Traversée d’Alicante à L’Albir

Escargot était resté dans l’eau pendant deux ans avant cette mise au sec, et nous avions une longue liste de tâches d’entretien : nettoyage des coques, des safrans et des hélices ; application d’un primaire sur les safrans, et d’un antifouling sur les safrans et les coques ; vidange de l’huile et changement des filtres du générateur ; et surtout, reconstruction du mécanisme de fixation de nos safrans.

Lors de l’inspection de la coque, nous avons remarqué quelques petites cloques : un malheureux signe précoce d’osmose. Face à cette découverte, deux options s’offraient à nous : annuler notre saison d’automne pour entreprendre un traitement complet contre l’osmose de six mois, ou poncer les cloques localisées, laisser le substrat sécher pendant une semaine et appliquer une nouvelle couche de primaire. Le problème étant très localisé et ne voulant pas sacrifier notre saison de navigation, nous avons opté pour la seconde solution. Nous avons appliqué une couche d’International Primocon, suivie de deux couches d’antifouling Ecofleet 530.

Avec de nouvelles anodes installées sur les arbres, les hélices et les safrans, nous étions prêts à remettre à l’eau.

Escargot sur le travelift retournant à l'eau

Pendant nos vérifications avant le départ, j’ai inspecté la baille à mouillage et mis en marche la pompe hydraulique pour ouvrir le capot. Soudain, un puissant « boum » a résonné sous le cockpit : l’une des batteries au plomb étanches alimentant notre guindeau et l’ouverture du capot en 24VDC avait explosé. Une étincelle à l’intérieur de la batterie a probablement enflammé une accumulation de gaz hydrogène. Nous avons retardé notre départ de la darse du travelift pour remplacer les trois batteries situées sous le cockpit avant. Étant donné qu’elles sont constamment chargées par notre parc de batteries principal de 96VDC, nous avons réduit leur taille, en installant un parc tampon de 2,3 kWh pour le guindeau en 24VDC et un parc tampon plus petit de 500 Wh pour notre électronique en 12VDC. Ceci étant réglé, nous étions enfin prêts à partir.

Notre objectif était une traversée directe d’Alicante à Ibiza, en naviguant l’après-midi et la nuit. Les prévisions annonçaient une houle que nous pouvions confortablement prendre par notre étrave bâbord. Nous avons quitté la darse du Varadero STA à 13h30 avec un SOC de 100 %.

Départ d'Alicante

Cependant, en approchant de Benidorm, les vagues venaient d’une direction beaucoup plus au nord que prévu, rendant notre cap au nord-est bien trop inconfortable pour une longue traversée de nuit. Nous nous sommes déroutés vers notre mouillage familier de L’Albir pour la nuit afin de réévaluer la situation au matin, en jetant l’ancre dans 5 mètres d’eau avec un SOC restant de 70 %.

De nouveau au mouillage à L'Albir

28 septembre 2025 : Traversée de L’Albir à Denia

La traversée vers Ibiza restait impossible le lendemain en raison d’une mer plus agitée que la veille. Nous avons décidé de faire un saut jusqu’à Denia pour attendre une meilleure météo. Nous avons quitté le mouillage à la mi-journée sous un ciel couvert, avec un SOC de 74 %.

Au moment de passer Moraira, le ciel s’était dégagé. En naviguant confortablement avec une puissance de 7 kW, nos batteries se maintenaient toujours à 70 %.

Passage au large de Moraira

En approchant du Cap de la Nau, la hauteur des vagues a augmenté, nous incitant à pousser la propulsion à 12 kW pour maintenir notre vitesse.

Passage du Cap de la Nau

Nous sommes arrivés à Denia sous des rafales de 20 nœuds, ce qui a rendu notre manœuvre d’amarrage un peu délicate, mais nous avons sécurisé nos amarres et attrapés les pendilles sans problème. Nous avons tout éteint avec un SOC restant de 45 %.

Amarrés à Denia

4 octobre 2025 : Traversée de Denia à Valence

Pendant que nous étions à Denia, de violentes tempêtes ont apporté de fortes pluies sur de vastes étendues de la côte méditerranéenne espagnole et des îles Baléares. Ibiza a subi de graves inondations, recevant 180 mm de pluie en seulement 12 heures. Les prévisions annonçant encore deux semaines de fortes pluies, nous avons jugé qu’il n’était pas sage de traverser vers les îles. Nous avons alors modifié notre itinéraire pour longer la côte continentale jusqu’à la France.

Notre prochaine destination était Valence. Nous avons quitté Denia à 8h00 avec un SOC de 95 %.

Départ de Denia

Alors que nous naviguions lentement dans le chenal de sortie, un ferry à grande vitesse de la compagnie Balearia nous a dépassé. Être dépassé par un navire aussi grand et rapide dans un chenal étroit était intimidant, mais mis à part son sillage qui a fait un peu rouler Escargot, tout s’est bien passé.

Le ferry rapide Balearia arrive sur nous

Nous avons maintenu notre propulsion à 8 kW pendant la majeure partie de la journée, conservant notre vitesse au-dessus de 4 nœuds et atteignant parfois 4,8 nœuds avec un courant favorable. Nous avons traversé la zone de mouillage très fréquentée des cargos à l’extérieur du port de Valence et avons continué vers la marina du côté nord de la ville. Au moment d’amorcer notre virage sur bâbord, nous avons temporairement poussé les moteurs à 20 kW pour traverser rapidement une zone de vagues de vagues de travers.

Cargos près de Valence

À notre arrivée à la Marina Port Valencia, un marinero nous a guidés jusqu’à notre place en annexe. Nous nous sommes amarrés avec un excellent SOC restant de 67 %.

Le moyen le plus rapide de rejoindre la capitainerie pour l’enregistrement était de mettre notre annexe à l’eau et de traverser le port. Ensuite, nous avons prolongé notre balade pour explorer le côté ville de la marina.

Balade en annexe dans le port de Valence

Valence s’est avérée être une ville fantastique à explorer.

8 octobre 2025 : Traversée de Valence à Castelló

Notre prochain saut nous a menés à Castelló. Nous avons quitté la Marina Port Valencia avec un SOC de 96 %. Avec moins de 40 milles nautiques à parcourir, nous avons commencé à une vitesse tranquille de 3,8 nœuds, ne tirant que 5 kW.

Départ de la Marina Port Valencia

Au bout de quatre heures, nos batteries ont atteint un SOC de 100 % car notre production solaire dépassait largement notre consommation. Profitant de cet excédent, nous avons augmenté la propulsion à 8 kW, faisant grimper notre vitesse à 4,5 nœuds pendant quelques heures. Plus tard, dans l’espoir d’améliorer nos chances de pêcher un poisson, nous avons ralenti à nouveau à 3 kW (3,8 nœuds). Malheureusement, nous n’avons eu aucune touche.

Castelló est un port commercial animé. En approchant du port, nous avons dû traverser prudemment le chenal principal, en cédant le passage au trafic des cargos sortants et en nous insérant derrière un navire entrant.

Insertion d'Escargot dans le trafic des cargos de Castelló

Une fois à l’intérieur des immenses digues de protection, nous nous sommes retrouvés seuls, nous avons donc profité de l’occasion pour effectuer quelques tests de performance vitesse-puissance avec nos coques fraîchement nettoyées. À 5, 10, 15, 20 et 30 kW, nous avons enregistré des vitesses de 3,8, 5,0, 5,5, 6,0 et 6,7 nœuds respectivement. Ces chiffres représentaient une amélioration considérable par rapport aux tests menés un an plus tôt en route vers Aguadulce. Une carène propre fait vraiment toute la différence !

Nous nous sommes amarrés à la Marina Port Castelló avec un SOC très confortable de 81 %.

Nous avons subi à nouveau plusieurs épisodes de fortes pluies pendant notre séjour à Castelló, et nous avons tranquillement attendu le retour d’une meilleure météo.

Castelló sous une forte pluie

15 octobre 2025 : Traversée de Castelló à Benicarlo

Une semaine plus tard, les systèmes orageux se sont enfin dissipés, et nous sommes partis pour Benicarlo avec un SOC de 95 %.

Départ de Castelló

Contrairement à l’étape précédente, nous avons maintenu une consommation constante de 10 kW pour conserver environ 4,5 nœuds toute la journée. La côte ici était magnifique, présentant une végétation beaucoup plus verdoyante que les paysages arides au sud de Valence.

Végétation luxuriante sur la côte

Avant d’arriver à Benicarlo, nous sommes passés au large de Peñíscola. Sa vieille ville fortifiée, couronnée par le château du Papa Luna, est construite sur un promontoire rocheux surplombant la mer : un cadre pittoresque célèbre pour avoir été utilisé dans Game of Thrones. Nous avions envisagé de jeter l’ancre devant la vieille ville, mais nous n’aurions pas été protégés de la houle. À la place, nous avons décidé de la visiter en bus depuis Benicarlo.

Passage au large de Peñíscola

Nous nous sommes amarrés au quai de la petite marina de Benicarlo avec un SOC restant de 53 %.

Amarrés à Benicarlo

18 octobre 2025 : Traversée de Benicarlo à La Rapita

Nous avons attendu quelques jours des conditions favorables pour jeter l’ancre au sud du delta de l’Èbre, juste en face de La Rapita. Quittant Benicarlo à midi avec des batteries pleines, cela devait être une traversée très courte.

En route, nous avons aperçu deux pêcheurs dans un bateau gonflable agitant frénétiquement les bras pour demander de l’aide. Nous avons modifié notre cap pour leur porter assistance. Albert et Juan ont expliqué qu’ils avaient subi une panne de moteur hors-bord et ne pouvaient pas regagner le rivage. Nous avons attrapé leur amarre et les avons remorqués jusqu’à l’entrée de leur petite marina locale, les relâchant juste devant car Escargot était trop grand pour y manoeuver.

Remorquage de pêcheurs dans leur bateau gonflable

Après notre détour de sauvetage, nous sommes entrés dans la baie très bien protégée de La Rapita, jetant l’ancre dans 5 mètres d’eau au large de la plage de Punta de la Banya. Nous sommes arrivés avec un SOC de 98 %.

Au mouillage à La Rapita

Malheureusement, nous avons trouvé la plage de cette réserve naturelle fortement polluée par des déchets plastiques. Nous nous sommes fait un devoir de remplir un sac-poubelle lors de chacune de nos excursions à terre, ramenant ces déchets sur Escargot pour les jeter de manière appropriée.

Ramassage de déchets à La Rapita

21 octobre 2025 : Traversée de La Rapita à L’Ampolla

Après quelques jours profondément paisibles au mouillage, nous avons décidé de faire un saut de l’autre côté, au nord du delta de l’Èbre, près de la ville de L’Ampolla. Nous avons entamé nos procédures de départ et commencé à lever l’ancre avec un SOC de 91 %. Au cours des derniers jours, le vent nous avait fait tourner autour de notre ancre, et nous étions maintenant positionnés juste au-dessus. Malheureusement, alors que nous remontions la chaîne, notre orin s’est pris dans l’hélice bâbord.

Départ de La Rapita

J’ai dû plonger dans l’eau avec un couteau pour couper le bout, libérer l’hélice et récupérer notre bouée de mouillage. Trente-cinq minutes plus tard, nous étions enfin libres et en route.

Plongée rapide pour libérer l'hélice

Pour cette étape, nous avons maintenu une propulsion très raisonnable de 6 kW toute la journée. Une douce mer de l’arrière et un courant favorable ont maintenu notre vitesse entre 4 et 4,4 nœuds. Nous avons contourné le Cabo Tortosa sur des eaux magnifiquement calmes.

Arrivée au Cabo Tortosa

Grâce au grand soleil et à notre faible consommation, nous sommes arrivés à destination avec un SOC de 75 %. La baie de L’Ampolla est assez peu profonde, ce qui nous a obligés à jeter l’ancre beaucoup plus loin du rivage que d’habitude — dans 3 mètres d’eau avec 35 mètres de chaîne.

Navigation en douceur

En raison de la longue distance jusqu’à la plage, nous étions content d’utilister notre moteur hors-bord électrique, ravis d’éviter notre habituelle séance d’aviron.

Trajet en annexe de la plage à notre mouillage

23 octobre 2025 : Navigation de L’Ampolla au Club Nautico L’Ampolla

Les prévisions de l’après-midi mettaient en garde contre des vents de terre atteignant 30 nœuds avec des rafales à 40 nœuds, bien que tous les modèles météos s’accordaient à dire que la matinée serait calme. Cependant, à 8h30, l’alarme de mouillage s’est déclenchée : nous dérapions. Le vent avait déjà grimpé à 30 nœuds, et l’état de la mer se détériorait rapidement avec une houle se formant depuis la côte. Nous avons réussi à replacer l’ancre et à nous stabiliser, mais moins d’une heure plus tard, avec le vent forcissant, nous avons décroché à nouveau. Nous avons pris la décision de lever l’ancre et de nous réfugier vers notre solution de repli : le Club Nautico L’Ampolla.

Alarme de mouillage - nous dérapons

Lever l’ancre dans ces conditions était plus sportif que d’habitude, mais nous avons gardé notre sang-froid, et 10 minutes plus tard, nous faisions route vers le petit port. Nous avons appelé la marina sur le canal VHF 9, mais n’avons reçu aucune réponse. En avançant à l’intérieur, nous avons ciblé un quai qui semblait assez grand pour Escargot. Malheureusement, il était conçu pour des bateaux plus petits et équipé de lourds anneaux d’amarrage qui dépassaient du bord du quai. Alors qu’une violente rafale a frappé Escargot lors de notre approche finale, notre coque tribord a subi un léger impact contre l’un de ces anneaux.

Amarrés au Club Nautico L'Ampolla

Nous avons du mastic époxy à bord, nous avons donc passé le reste de la journée à effectuer une réparation composite temporaire sur la coque tribord.

25 octobre 2025 : Traversée de L’Ampolla à Tarragone

N’ayant pas grand-chose à explorer à L’Ampolla, nous avons poursuivi deux jours plus tard vers Tarragone, une ville réputée pour son riche patrimoine romain. Nous avons quitté le quai avec un SOC de 97 %.

Départ de L'Ampolla

Vers midi, nous avons navigué en plein milieu d’une impressionnante chasse de thons. L’eau bouillonnait avec d’énormes poissons crevant la surface. Des pêcheurs locaux dans de petits bateaux rapides tournaient à toute allure autour de nous, essayant de jeter leurs lignes directement dans l’action.

Nous avons continuellement ajusté notre puissance pour nous adapter à l’état changeant de la mer, en commençant à 8 kW le matin et en montant jusqu’à 16 kW pour passer le Cabo de Salou. Nous sommes finalement arrivés à Tarragone, en nous amarrant avec un SOC de 44 %.

Arrivée à Tarragone

28 octobre 2025 : Traversée de Tarragone à Segur de Calafell

Plusieurs membres de notre famille devant arriver par avion la semaine suivante, nous devions nous rapprocher de Barcelone. Nous avons réservé une place à Calafell et avons quitté Tarragone vers midi avec une charge de 100 %.

Départ de Tarragone

Cette courte traversée de 20 milles nautiques a été phénoménalement fluide. En tirant seulement 6 kW, nous avons glissé à près de 4 nœuds. Grâce à une excellente production solaire, cette faible consommation nous a permis de garder nos batteries pleines pendant presque tout le trajet.

En approche de Torredembarra

Comme nous le faisons habituellement lorsque les conditions sont calmes, nous avons mis une ligne de traîne derrière nous. Juste avant 14h00, une bonite a mordu à notre leurre Rapala. C’était notre toute première prise à bord d’Escargot, et d’une bonne taille par-dessus le marché : parfaite pour un dîner avec nos trois invités ce soir là !

Prise du jour : une bonite

Nous nous sommes glissés prudemment dans l’étroite entrée de Port Segur-Calafell et nous sommes amarrés avec un SOC de 93 % restant.

2 novembre 2025 : Traversée de Segur de Calafell à Port Ginesta

Les tarifs des marinas dans Barcelone même étaient prohibitifs, nous avons donc choisi de nous déplacer juste un peu plus sur la côte, à Port Ginesta. La sœur de Ludivine nous a rejoints pour ce court trajet. Partis à 9h30 avec un SOC de 92 %, nous avons réglé la propulsion à 6 kW. Portés par un courant favorable, nous avons navigué sans effort à 4,7 nœuds.

Juste avant midi, notre ligne de traîne s’est tendue à nouveau : une deuxième bonite, un peu plus petite que la première, mais tout aussi bienvenue !

Prise du jour : une bonite un peu plus petite

Nous sommes arrivés à Port Ginesta avec un SOC de 90 % et avons passé l’après-midi à préparer notre pêche fraîche pour le dîner.

4 novembre 2025 : Traversée de Port Ginesta à Arenys de Mar

Notre bond suivant contournait entièrement Barcelone, un voyage de près de 40 milles nautiques vers le nord jusqu’à Arenys de Mar. Nous avons quitté Port Ginesta à 8h40 avec un SOC de 91 %. Les prévisions maritimes étaient parfaites : vagues inférieures à 0,3 mètre et vents en dessous de 10 nœuds.

Départ de Port Ginesta

Nous avons maintenu notre consommation d’énergie à 6 kW toute la matinée. À midi, nos panneaux solaires produisaient exactement ce que les moteurs tiraient, ce qui se traduisait par une dépense énergétique nette nulle. Cependant, en passant au large de la côte de Barcelone, nous avons rencontré un courant contraire. Nous avons dû augmenter les gaz entre 8 et 10 kW juste pour maintenir notre vitesse au-dessus de 4 nœuds, en zigzaguant à travers les immenses zones de mouillage commerciales peuplées de gigantesques cargos.

Cargos au mouillage au large de Barcelone

La vue au large sur la ligne d’horizon de Barcelone était spectaculaire, en particulier les flèches inimitables et presque achevées de la Sagrada Familia.

Vue de Barcelone depuis Escargot

Nous sommes arrivés à Arenys de Mar à 17h40, avec le parc de batteries à un SOC de 50 %. Nous avons laissé Escargot amarré en toute sécurité pendant quelques jours pendant que nous faisions un rapide trajet en voiture en France pour régler une affaire familiale.

10 novembre 2025 : Traversée d’Arenys de Mar à Cala Sa Riera

Notre tour de la côte espagnole touchait à sa fin. Nous avions pour objectif d’atteindre Banyuls-sur-Mer en France, à environ 80 milles nautiques de là, dans les jours suivants. Nous avons divisé le voyage, prévoyant de jeter l’ancre juste au sud du golfe de Roses à Cala Sa Riera pour la nuit.

Larguant nos amarres à 7h45 avec un SOC de 96 %, nous avons suivi la côte du nord de la Catalogne, d’une beauté sauvage. Pour nous assurer d’avoir suffisamment d’énergie de réserve afin d’enchaîner deux longues traversées consécutives, nous avons plafonné notre consommation d’énergie à 5 kW, maintenant une vitesse régulière de 3,8 nœuds.

Côte du nord de la Catalogne

Alors que le soleil déclinait dans le ciel et que notre apport solaire chutait, nous avons encore réduit notre puisssance de propulsion à 3,4 kW, ralentissant à 3 nœuds. À la tombée de la nuit, nous avons affiché la vidéo de la caméra infrarouge avant sur l’ordinateur de navigation de notre cockpit pour nous aider à repérer d’éventuels débris flottants sur notre trajectoire immédiate.

Navigation de nuit avec caméra IR

Nous nous sommes glissés dans la Cala Sa Riera dans l’obscurité et avons jeté l’ancre dans 5 mètres d’eau. Les bouées d’amarrage estivales ayant été complètement retirées pour la saison, nous n’avons eu aucun mal à trouver une place de choix dans la baie vide. Nous avons terminé la journée avec un SOC de 64 %.

Arrivée nocturne à Cala Sa Riera

Le lendemain matin, nous avons mis l’annexe à l’eau tôt pour une descente à terre avec BigBoy, et avons eu droit à un lever de soleil à couper le souffle sur le mouillage calme.

Balade en annexe au lever du soleil à Cala Sa Riera

11 novembre 2025 : Traversée de Cala Sa Riera à Banyuls-sur-Mer

À 7h30, l’annexe était sécurisée sur le pont avant, et nous avons levé l’ancre avec un SOC de 62 %. Anticipant une faible production solaire sous un ciel brumeux, nous avons limité notre propulsion à un très conservateur 5 kW pour garantir une arrivée en toute sécurité.

Départ de Cala Sa Riera

Même à 5 kW, notre vitesse a fluctué entre 3 et 4,6 nœuds, dictée par les courants autour des caps rocheux, bien que notre moyenne globale soit restée juste en dessous de 4 nœuds.

Passage du Cap de Creus

À exactement 16h00, nous avons franchi la frontière maritime dans les eaux françaises et affalé notre pavillon de courtoisie espagnol. Pour la toute première fois, catamaran Escargot sous pavillon français naviguait dans ses eaux territoriales !

Entrée dans les eaux françaises : on affale le pavillon de courtoisie espagnol

Nous nous sommes amarrés à Banyuls-sur-Mer à 17h10, avec un SOC final de 36 %.

Amarrés à Banyuls-sur-Mer

16 novembre 2025 : Traversée de Banyuls-sur-Mer à Gruissan

Après quatre belles journées à Banyuls-sur-Mer, marquées par plusieurs merveilleuses rencontres avec des habitants et d’autres marins, nous avons saisi une fenêtre météo pour pousser vers le nord. Des membres de notre famille se rendaient en camping-car à Gruissan, et nous voulions arriver avant 18h00 pour les retrouver pour le dîner. Plus important encore, nous devions effectuer cette traversée car c’était notre seule fenêtre sûre pour sortir du sud du golfe du Lion avant l’arrivée d’un coup de vent annoncé. Avec un ciel lourdement couvert devant nous, nous savions que ce ne serait pas une journée entièrement à l’énergie solaire.

Face à un trajet de 40 milles nautiques, nous sommes partis à 7h30 avec un SOC de 84 %, glissant hors de la baie calme de Banyuls à 8 kW.

Départ de Banyuls-sur-Mer

Une fois sortis de la protection de la baie, l’état de la mer a empiré, projetant des vagues de plus d’un mètre sur nos étraves. Le ciel est resté profondément couvert, ne générant presque aucune énergie. Pour maintenir 4 nœuds face au clapot, nous avons poussé les moteurs à 12 kW.

À 10h30, notre SOC avait chuté à 54 %. Avec encore sept heures à naviguer, dépendre uniquement des batteries n’était plus une option. Nous avons démarré le générateur diesel de secours.

À 12h30, le générateur avait ramené notre parc à 65 %. Confiants dans nos réserves, nous avons poussé la propulsion à 16 kW, augmentant notre vitesse à 4,3 nœuds pour être certains d’arriver à notre rendez-vous pour le dîner.

Navigation sous un ciel couvert

Plus tard dans l’après-midi, réalisant que nous étions bien dans les temps, nous avons réduit les gaz à 12 kW, puis finalement à 8 kW, permettant au générateur de recharger un peu plus les batteries pour l’étape du lendemain.

En entrant dans l’étang du Grazel, nous nous sommes retrouvés à glisser sur des eaux lisses comme un miroir sous un magnifique coucher de soleil rose. Nous avons réduit notre puissance à 5 kW et nous sommes glissés gracieusement dans la place visiteur à Gruissan, terminant la journée avec un SOC de 78 %.

Arrivée d'Escargot à Gruissan

17 novembre 2025 : Traversée de Gruissan à Sète

Le jour suivant exigeait un saut rapide jusqu’à Sète, où nous avions prévu de nous abriter pendant quelques jours le temps que les redoutables vents de Tramontane passent. Les prévisions annonçaient des conditions de grand frais (Force 7) d’ici le milieu de l’après-midi. Le port de plaisance principal de Sète était complètement plein, mais la marina pour superyachts avait une place disponible et a gentiment accepté de s’aligner sur le tarif de plaisance standard au vu de la météo à venir.

Nous avons quitté Gruissan à 7h15, juste au lever du soleil, avec un SOC de 73 %. Nous avons commencé avec notre propulsion à 5 kW, donnant 3,9 nœuds.

Départ de Gruissan

Comme nous l’espérions, les heures matinales ont été calmes et paisibles. À 9h50, le vent s’était levé à 13 nœuds, et nous avons augmenté notre puissance à 6 kW pour maintenir 4,1 nœuds.

Un peu après midi, nous avons contourné l’île de Brescou près du Cap d’Agde avec un SOC de 53 %.

En approche de l'île de Brescou

Le centre de secours local (CROSS Méditerranée) diffusait régulièrement un BMS (bulletin météorologique spécial) sur le canal VHF 16, avertissant de vents imminents de Force 7 (28 à 33 nœuds). Nous pouvions voir l’eau noircir alors que le vent dépassait les 20 nœuds, nous avons donc modifié notre cap pour longer de près la côte entre le Cap d’Agde et Sète. Le vent soufflant de terre, rester près de la plage nous gardait à l’abri de la houle qui se formait. Cependant, naviguer dans ces eaux côtières peu profondes (10 à 15 mètres de fond) est plus difficile. La zone était parsemée de casiers de pêcheurs, ce qui exigeait une vigilance constante et des corrections de cap fréquentes pour éviter d’enrouler un bout autour de nos hélices.

Nous avons poussé notre puissance à 9 kW, filant à 4,7 nœuds pour être amarrés le plus rapidement possible.

Passage du Cap d'Agde

Ce fut un immense soulagement de passer entre les digues pour entrer dans les eaux abritées et calmes de Sète à 15h00. Nous avons navigué à travers les bassins de commerce vers la Marina IGY de Sète.

Arrivée à Sète

En approchant, nous avons vu notre place assignée marquée par un grand drapeau plume IGY. Un marin attendait pour attraper nos amarres, aux côtés d’une représentante de la marina qui nous a chaleureusement accueillis avec les informations de bienvenue. C’était assez amusant d’expérimenter le traitement « superyacht ». Nous avons sécurisé le bateau et éteint les systèmes avec un SOC de 39 %.

Amarrés près des superyachts à Sète

23 novembre 2025 : Traversée de Sète aux Saintes-Maries-de-la-Mer

Après avoir enduré plusieurs jours de froid glacial et de vents hurlants à Sète, nous avons enfin saisi une fenêtre météo favorable pour sauter jusqu’aux Saintes-Maries-de-la-Mer. La dure réalité que « nous ne sommes plus en Espagne » s’installait ; fin novembre dans le sud de la France signifiait un air froid et un soleil assez rare. Nous nous sommes glissés hors de la marina à 8h05 avec un SOC de 92 % et 33 milles nautiques devant nous.

Départ de Sète

Nous avons navigué à 8 kW, faisant entre 4,4 et 4,8 nœuds tout au long de la matinée. À 11h00, nous avons réduit à 6 kW, nous installant dans un rythme confortable de 4 nœuds.

En approchant de Port Gardian aux Saintes-Maries-de-la-Mer vers 16h00, nous avons aperçu un catamaran dont l’équipage nous faisait frénétiquement signe. Nous les avons appelés sur le canal VHF 16. Le vent était complètement tombé, et ils avaient subi une panne totale de moteur. Nous avons immédiatement changé de cap, attrapé leurs amarres et pris le catamaran “Grand Bleu” en remorque.

Remorquage d'un catamaran vers les Saintes-Maries-de-la-Mer

Une fois à l’intérieur de la protection de la digue, nous avons largué leur amarre de remorquage, leur permettant, grâce à leur élan, de glisser jusqu’à un ponton d’accueil vide. Nous avons ensuite procédé à notre propre amarrage, terminant vers 17h00 avec un SOC de 49 % restant.

Escargot amarré aux Saintes-Maries-de-la-Mer

Au cours des jours suivants, le vent a de nouveau soufflé fort, transformant la mer en un désordre chaotique. Nous avons patiemment laissé passer le coup de vent, en explorant la charmante ville côtière.

Coucher de soleil aux Saintes-Maries-de-la-Mer

29 novembre 2025 : Traversée des Saintes-Maries-de-la-Mer à Port-de-Bouc

Avec des ciels ensoleillés et une mer plate annoncés, il était temps de faire la dernière poussée. La mise au sec d’Escargot pour l’hiver était réservée pour le 1er décembre à Port-de-Bouc, juste à côté de Fos-sur-Mer.

Nous avons largué les amarres du ponton visiteur à 8h15, avec un SOC de 93 %.

Départ des Saintes-Maries-de-la-Mer

Peu après le départ, nous avons eu droit à la visite d’un grand dauphin solitaire qui a surfé sur notre vague d’étrave et nous a tenu compagnie pendant cinq bonnes minutes.

Nous avons gardé notre consommation d’énergie à 8 kW pour toute la traversée, avec une vitesse fluctuant entre 3,9 et 4,6 nœuds alors que nous faisions face à des courants côtiers changeants.

À 13h00, nous avons pénétré dans le flux boueux de l’embouchure du Rhône. La frontière était nette, l’eau douce brunâtre refusant de se mélanger instantanément à la mer d’un bleu profond.

Traversée des eaux du Rhône

Le golfe de Fos-sur-Mer est un centre industriel majeur, grouillant de pétroliers et de cargos. Nous avons suivi attentivement le trafic commercial sur notre AIS. Synchronisant notre approche à la perfection, nous nous sommes faufilés à travers le chenal de navigation principal sans gêner aucun de ces mastodontes.

À 15h10, avec Port-de-Bouc en vue, nous avons réduit notre puissance à seulement 4 kW, ralentissant à 3,4 nœuds. Nous voulions savourer les derniers milles de notre saison de navigation un peu plus longtemps.

Arrivée à Port-de-Bouc

À 16h00, nous étions solidement amarrés. Malgré le beau soleil de cette journée, l’angle bas du soleil d’hiver avait limité notre génération électrique solaire, nous laissant avec un SOC de 50 % à la fin de la journée.

Escargot amarré à Port-de-Bouc

1er décembre 2025 : Navigation vers le Chantier Naval de Provence pour la mise au sec

Le Chantier Naval de Provence avait programmé notre grutage à 14h00. Nous avons largué nos amarres de la marina à 13h35 pour le très bref trajet.

Départ de Port-de-Bouc

À 13h50, nous étions centrés dans la darse du travelift, prêts à sortir Escargot de l’eau pour son repos hivernal.

Escargot prêt pour sa mise au sec au Chantier Naval de Provence

Nous avons passé le reste de l’après-midi et le début de soirée à exécuter les tâches sur notre check-list d’hivernage : rinçage à l’eau douce des circuits de refroidissement des moteurs électriques, sauvegarde de nos données de navigation pour l’analyse hors saison, et nettoyage en profondeur de l’intérieur. Même si notre saison de navigation d’automne n’a pas suivi notre itinéraire initialement prévu, par les Baléares, nous avons vécu de fantastiques navigations, surmonté des petits problèmes comme toujours et découvert des mouillages d’une beauté incroyable le long de la côte continentale.

Escargot à terre pour l'hiver

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